Les audiences dans le dossier impliquant l’ancien ministre guinéen de la Sécurité et ex-porte-parole du gouvernement, Albert Damantang Camara, se sont ouvertes mercredi devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), où il comparaît librement pour des faits présumés de ‘’détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux’’.
L’ancien dignitaire du régime d’Alpha Condé est poursuivi sur la base d’un rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) portant sur des irrégularités financières présumées enregistrées durant son passage à la tête du ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle ainsi qu’au ministère de la Sécurité et de la Protection civile.
Selon les accusations portées par le parquet spécial près la CRIEF, plus de 222 milliards de francs guinéens auraient été décaissés sans justification suffisante lorsqu’il dirigeait le département de l’Enseignement technique.
À cela s’ajouteraient plus de 17,3 milliards de francs guinéens liés à sa gestion du ministère de la Sécurité, portant le montant global des faits reprochés à près de 240 milliards de francs guinéens.
Face à la Cour, l’ancien ministre a rejeté catégoriquement les accusations, affirmant que toutes les dépenses effectuées sous son autorité avaient été accompagnées de documents justificatifs conformes aux procédures administratives et budgétaires de l’État.
« Aucun décaissement ne peut être effectué dans les caisses publiques sans pièces justificatives », a soutenu le prévenu, estimant que l’absence de certains documents dans le rapport de l’IGE ne saurait être assimilée à une preuve de détournement.
Damantang Albert Camara a également contesté la méthode de travail des inspecteurs ayant élaboré le rapport à charge, affirmant n’avoir jamais été auditionné par l’Inspection générale d’État avant la transmission du document à la justice.
Il a indiqué avoir découvert le contenu du rapport plusieurs semaines après son envoi au cabinet de son avocat.
Au cours de l’audience, le ministère public a interrogé l’ancien ministre sur plusieurs marchés publics conclus durant ses fonctions, notamment le contrat de construction de quatre Écoles régionales des arts et métiers (ERAM) financé par un fonds saoudien, l’acquisition d’uniformes pour la police en 2020 ainsi que des projets de construction et de rénovation d’écoles de police.
Le prévenu a assuré que ces contrats avaient été attribués dans le strict respect du Code des marchés publics et qu’il disposait des documents nécessaires pour en attester.
Interrogé sur son niveau de revenus et son patrimoine, l’ancien ministre a déclaré avoir perçu un salaire mensuel de 10,5 millions de francs guinéens durant son passage au gouvernement, en plus de plusieurs primes liées à ses fonctions ministérielles et à son rôle de porte-parole du gouvernement.
Concernant ses biens, il a évoqué plusieurs propriétés foncières et immobilières situées notamment à Coléah, Wonkifong, Maférinyah, Kissidougou et Dubréka, dont certaines seraient issues d’héritages familiaux ou de donations.
Il a également déclaré détenir plusieurs comptes bancaires en Guinée et en France avec des avoirs qu’il juge compatibles avec ses revenus déclarés.
À l’issue des débats, la Cour a renvoyé l’affaire au 20 mai prochain afin de permettre à l’ancien ministre de produire des archives et documents complémentaires sollicités par le parquet, notamment sur ses revenus et son patrimoine avant son entrée au gouvernement.
Ce procès s’inscrit dans la série de poursuites engagées par la CRIEF contre plusieurs anciens hauts responsables accusés de malversations financières.
Depuis sa création, cette juridiction spécialisée est présentée par les autorités comme l’un des principaux instruments de la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance en Guinée, même si certaines voix continuent d’appeler au respect scrupuleux des droits de la défense et des garanties d’un procès équitable.
Mohamed Sylla