Lutte contre le paludisme : la Guinée valide une étape clé vers un référentiel national des données

Après quatre jours d’intenses travaux, l’atelier national de validation et de transmission du Référentiel national des données du paludisme (NMDR) a pris fin jeudi 30 avril 2026 dans un réceptif hôtelier de la capitale Conakry.

Initiée par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique à travers le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), cette rencontre a réuni une trentaine de cadres techniques, décideurs publics et partenaires autour d’un objectif commun : doter la Guinée d’un système intégré, fiable et performant de gestion des données liées au paludisme.

Placée sous le leadership de la Direction nationale de l’épidémiologie et de la lutte contre la maladie (DNELM), cette étape s’inscrit dans la dynamique de mise en œuvre progressive du NMDR, un outil stratégique visant à centraliser, harmoniser et valoriser l’ensemble des données sur le paludisme.

À terme, ce dispositif doit permettre une meilleure planification des interventions et une prise de décision fondée sur des données probantes.

Selon Dr Abdourahmane Diallo du PNLP, l’atelier avait pour ambition principale de « valider la configuration du NMDR pour la phase 2 en Guinée », en mettant un accent particulier sur la validation des modules intégrés, des flux de données, des rôles des acteurs ainsi que des mécanismes de gouvernance.

La trentaine de participants ayant pris part aux travaux, sont issus notamment des directions centrales du ministère de la Santé (SNIS, SMSI, ANSS, PNLP) ainsi que de plusieurs partenaires techniques et financiers, dont l’OMS, HISP WCA, CRS, Chemonics et Expertise France.

Cette rencontre a permis d’enregistrer des avancées notables. Parmi les résultats obtenus figurent la revue de la phase préparatoire lancée en septembre 2025, la démonstration et la validation technique des modules intégrés dans la plateforme DHIS2, ainsi que la définition des principaux cas d’usage et des tableaux de bord associés. Les participants ont également validé les mécanismes d’interopérabilité entre les différentes sources de données, souvent fragmentées entre plusieurs plateformes (DHIS2, ODK, e-SIGL, CommCare).

« Plusieurs livrables importants ont été produits, notamment les schémas de flux de données, les besoins prioritaires en analyses, les guides techniques pour les utilisateurs et administrateurs, ainsi qu’une feuille de route pour le transfert progressif des compétences vers les structures nationales. Toutefois, des défis subsistent, notamment en matière de synchronisation des systèmes, d’accès aux plateformes ou encore de rétro-saisie de certaines données entomologiques », a ajouté Dr Diallo.

Pour Dr Mohamed Binnè Camara, responsable de l’unité de gestion des approvisionnements et du stock au sein du PNLP, la mise en place du NMDR constitue « un levier essentiel pour améliorer la qualité des données et faciliter une prise de décision efficace ».

Il a rappelé que cet outil s’inscrit dans la perspective de l’élimination du paludisme en Guinée à l’horizon 2030, soulignant la nécessité de disposer de données fiables, centralisées et analysées de manière cohérente.

Même son de cloche du côté du Service national des informations sanitaires (SNIS). Son représentant, Mory Cissé, a salué « une étape décisive » dans la construction d’un système d’information sanitaire plus robuste et orienté vers l’action.

« Le NMDR n’est plus une simple ambition technique, mais un véritable levier stratégique pour la santé publique », a-t-il affirmé.

Présente à la rencontre, la représentante de l’OMS Afrique, Sarah Kada, a, quant à elle, inscrit cette initiative dans une dynamique régionale, rappelant que la Guinée fait partie des trois pays pilotes accompagnés par l’OMS/AFRO, aux côtés du Togo et du Soudan du Sud.

Elle a salué les progrès réalisés en quelques mois, estimant que « le NMDR permet de transformer la donnée en action et l’action en résultats tangibles pour la santé des populations ».

De son côté, Dr Haby Dieng, du bureau de l’OMS en Guinée, a insisté sur l’importance de la gouvernance et de l’appropriation nationale dans la réussite du processus, tout en rappelant que la lutte contre le paludisme reste un défi majeur, notamment en Afrique où la maladie continue de faire des centaines de milliers de victimes chaque année.

« La réussite du NMDR ne se jouera pas seulement dans la qualité de la plateforme, mais dans la gouvernance qui l’anime, la discipline de ceux qui l’alimentent et la rigueur de ceux qui l’analysent. L’OMS reste pleinement engagée aux côtés du Ministère, du PNLP et du SNIS, dans le respect du leadership national. », a-t-elle déclaré.

Clôturant les travaux, le Pr Alioune Camara a mis en avant « une étape déterminante vers une meilleure gouvernance des données sanitaires », appelant les acteurs à maintenir la dynamique engagée et à assurer la mise en œuvre effective des recommandations issues de l’atelier.

Dans les prochaines semaines, les autorités sanitaires prévoient la mise en production du NMDR, annoncée pour le 8 mai 2026, ainsi que le déploiement progressif de plusieurs modules prioritaires, notamment ceux liés à la gestion des stocks, à l’entomologie, au climat et aux campagnes de prévention.

Au-delà des avancées techniques, cet atelier illustre les efforts constants du gouvernement guinéen dans la lutte contre le paludisme.

À travers le ministère de la Santé et le PNLP, avec l’appui déterminant de partenaires comme l’OMS et ses alliés techniques et financiers, la Guinée renforce progressivement son dispositif de riposte contre le paludisme.

La mise en place du NMDR apparaît ainsi comme un tournant stratégique, susceptible d’améliorer durablement l’efficacité des interventions et de rapprocher le pays de son objectif d’élimination du paludisme.

Boua King Kouyaté