Conakryinfos : Bonjour madame, merci d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes la présidente de l’ONG AFAF qui lutte contre l’excision et prône l’émancipation de la femme. Comment évoluent vos activités ?
Mme Madeleine Tolno : Sur le terrain, on ne va pas du tic au tac. D’abord, on procède à des enquêtes pour savoir quelles sont les composantes de l’excision. Il y avait certes l’ablation, mais il y avait aussi l’éducation. Au cours des enquêtes, les parents nous ont beaucoup parlé de l’éducation. C’est pourquoi nous avons cherché des femmes qui faisaient l’éducation pour leur demander quel genre d’éducation donnaient-elles aux jeunes filles. Après toutes ces enquêtes, nous avons commencé à faire la sensibilisation, et développé le dialogue à travers des groupes de paroles de generation avec les parents et toute la communauté. Maintenant, on a commencé à travailler sur le terrain. On a commencé à prendre en charge les personnes qui voulaient abandonner l’excision. On les appelle « la défense positive ». On prenait des familles qui ont des filles non excisées; comme auparavant elles avaient suivi l’éducation, on les organisait en groupe de 20 ou 30 personnes pour leurs donner une certaine éducation.
Est-ce que l’éducation que vous donnez y vas avec la modernité et l’émancipation de la femme ?
Nous combinons les deux éducations pour en faire une education moderne tout en ajoutant un peu le traditionnel.
Dans ces pratiques, est-ce que vous respectez les mœurs qui varient d’une communauté à l’autre ?
Oui, dans les villages on respecte les moeurs selon les endroits. Nous travaillons avec les vieilles femmes de la communauté pour nous donner leur vision des mœurs et des coutumes. Comme ça on essaie de les respecter. En cela, vous savez le mot sexe est un sujet tabou chez nous en Guinée. Donc c’est elles qui nous donnent des appellations qui ne portent pas atteinte à la dignité des personnes. Nous travaillons même avec la communauté. Ce sont eux qui travaillent sur le terrain. On forme les femmes sur notre approche, car elles sont directement impliquées dans leur zone.
Quels sont les problèmes que vous rencontrez souvent sur le terrain ?
Vous savez l’excision est une pratique lointain et pratiquée chez nous il y a des siècles. Les gens sont liés à ça et certaines personnes le lient à la religion, d’autres aux coutumes et mœurs. C’est dans leurs vie quotidienne. Vous savez le sexe est prohibé en Afrique et en Guinée on en parle pas trop. Tout cela rend la tâche difficile. Donc c’est pas facile de les arraché de ça. Pour les débarrasser de ça, c’est pas un problème facile. Il y a eu des villages qui sont complètement opposés. Pour ceux-ci, on a beaucoup d’approche et méthodes à utiliser pour les convaincre.
Les femmes non excisées sont-elles acceptées dans la société ?
Toutes les premières filles qu’on a protégées depuis en 1997, elles sont toutes mariées. Elles sont mères de famille. Elles sont au nombre de 97. En ce qui concerne leur acceptation, quand on les identifie, on les forme avec des pratiques qui accompagnent l’éducation. Comme le dialogue entre filles excisées et filles non excisées pour que chaque partie pose des questions pour briser le tabou et silence et la résistance de ne pas les accepter. Accompagner des formatrices, on leur explique que ne pas être excisée n’exclut pas une fille d’être femme et l’excision aussi n’ajoute rien à la femme. Les filles non excisées verra bien leurs règles, elles feront les rapports comme les autres filles excisées et feront d’enfants comme elles.
Quels avantages ont les filles non excisées ?
Elles ont plus d’avantages d’accoucher très vite, car l’appareil génital est intact et celui des excisées peut avoir toutes les complications. Il y a même des jeunes hommes qui demandent à leurs parents secrètement de trouver une fille non excisée pour le mariage. Donc on tend vers l’abandon de l’excision dans certaines localités de la Guinée.
Quel appel lancez-vous à l’endroit des communautés qui pratiquent encore l’excision ?
Je demande à tous les Africaines et Africains d’abandonner l’excision et de protéger nos filles pour leur épanouissement.
Merci Madame Tolno.
C’est à moi de vous remercier.
Un entretien réalisé par Oumou Diallo
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