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Détournement de deniers publics : Mamadi Doumbouya a-t-il décidé d’ouvrir une boîte de Pandore ?

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Les dernières décisions du président de la République, Mamadi Doumbouya, donnent un nouveau relief à la lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics en Guinée.

Le 21 août 2026, le chef de l’État a mis fin aux fonctions de deux membres du Gouvernement : Mory Condé, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, et Mourana Soumah, ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation. Il a également relevé de ses fonctions Mahamadou Abdoulaye Diallo, conseiller à la Présidence chargé de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat.

Les décrets annonçant ces départs ne précisent pas les motifs des limogeages. Mais, dans un message publié sur sa page Facebook à la suite de ces décisions, le président Doumbouya a clairement inscrit son action dans le cadre de la lutte contre la corruption et de l’exigence d’exemplarité au sein de l’État.

« J’ai tenu à écourter mes congés pour rejoindre notre terre natale. Car ce pays qui m’a tout donné passe avant toute chose, avant moi-même. C’est ce même sens du devoir qui a guidé les décisions prises ce soir. Sur la lutte contre la corruption, je le redis avec la même fermeté qu’au premier jour : contre la corruption, ma main ne tremblera pas. Aucun rang, aucune fonction, aucune proximité ne met quiconque à l’abri de la rigueur républicaine », peut-on lire dans son message.

Le chef de l’État a également insisté sur l’exigence d’exemplarité au sein de son entourage : « Les décisions intervenues ce soir au sein de la République en sont la preuve : l’exigence d’exemplarité s’applique à tous, sans exception, à commencer par ceux qui servent à mes côtés. La Refondation n’est pas un slogan, elle est une discipline que nous nous imposons d’abord à nous-mêmes. »

Cette nouvelle séquence intervient alors que plusieurs dossiers liés à la gestion des marchés publics et aux investissements de l’État suscitent interrogations et débats.

Parmi eux figurent notamment les travaux de la Corniche Nord, entre le rond-point du Port autonome de Conakry et Tombo. Le projet porte sur la reconstruction et l’aménagement d’un tronçon d’environ 2,3 kilomètres en 2×2 voies. Les documents officiels font état de l’implication de l’Agence de Contrôle et de Gestion des Grands Projets (ACGP), du ministère de l’Urbanisme et de l’entreprise GUICOPRES-BTP.

À cela s’ajoutent les investissements annoncés pour la rénovation des stades du 28-Septembre et Général Lansana Conté (GLC) de Nongo, dont les coûts ont fait l’objet de différentes estimations et déclarations publiques.

Dans le même contexte, le Premier ministre, Amadou Oury Bah, a récemment adressé, sur instruction du chef de l’État, un courrier à l’ensemble des membres du Gouvernement leur demandant de transmettre « immédiatement » l’intégralité des contrats publics engagés depuis le 5 septembre 2021.

La mesure concerne l’ensemble des départements ministériels ainsi que les services et organismes placés sous leur tutelle. Elle constitue un signal important en faveur de la transparence et pourrait permettre d’obtenir une vision plus complète des marchés publics conclus depuis le début de la transition.

Dès lors, une question s’impose : les décisions prises au sommet de l’État vont-elles se limiter à des sanctions administratives ou permettront-elles d’aller plus loin dans la logique de transparence, en faisant toute la lumière sur les dossiers susceptibles de soulever des interrogations quant à l’utilisation des ressources publiques ?

C’est ici que l’expression « ouvrir la boîte de Pandore » prend tout son sens.

Si les vérifications ou investigations venaient à révéler des irrégularités dans certains marchés publics, elles pourraient conduire à examiner une chaîne beaucoup plus large : procédures de passation et d’attribution des contrats, coûts réels des ouvrages, éventuels avenants, contrôle de l’exécution, paiements effectués et responsabilités individuelles.

Une telle démarche serait cohérente avec les engagements régulièrement réaffirmés par le chef de l’État. Mamadi Doumbouya assure depuis plusieurs années que, dans la lutte contre la corruption, « sa main ne tremblera pas » et que nul, quelle que soit sa fonction ou sa proximité avec le pouvoir, ne doit être à l’abri de la rigueur républicaine.

Mais la crédibilité de cette politique anticorruption se mesurera désormais à sa capacité à aller au-delà des limogeages : établir les faits, identifier les éventuelles responsabilités, récupérer les fonds qui auraient été indûment soustraits aux finances publiques et, lorsque des infractions sont établies, laisser la justice faire son travail.

L’enjeu est donc considérable. Si les décisions présidentielles et l’injonction du Premier ministre constituent réellement le début d’une nouvelle phase de la lutte contre la corruption, certains grands marchés publics pourraient être examinés avec une attention particulière.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui sera limogé demain. Elle est surtout de savoir jusqu’où cette boîte de Pandore sera ouverte et si, dans cette quête de transparence, personne, quel que soit son rang ou sa proximité avec le pouvoir, ne sera épargné lorsque des faits de corruption ou de détournement de deniers publics seront effectivement établis.

Boua King Kouyaté

Journaliste et expert en communication

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