La Cour suprême de Guinée a rendu son verdict : les décrets ayant attribué des résidences à Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré sont invalidés, mettant un terme à une bataille judiciaire de plusieurs années.
Mais cette décision, au-delà du conflit foncier, risque de raviver les tensions politiques autour des deux figures majeures de l’opposition.
Dans son arrêt rendu ce jeudi, la plus haute juridiction du pays a estimé que les décrets présidentiels octroyant les résidences aux deux anciens Premiers ministres étaient « contraires aux lois en vigueur », annulant ainsi leurs titres de propriété.
L’affaire remonte à plusieurs années. Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), et Sidya Touré, leader de l’Union des Forces Républicaines (UFR), revendiquaient la propriété de villas situées dans des quartiers huppés de Conakry, acquises par des décrets présidentiels sous un précédent régime.
Cependant, l’État guinéen avait contesté la légalité de ces attributions, dénonçant des « irrégularités » et une violation des normes foncières.
L’affaire avait connu un premier tournant en 2022, lorsque le tribunal de Dixinn, saisi en première instance, s’était déclaré incompétent, jugeant que la légalité des décrets présidentiels relevait uniquement de la Cour suprême. Le dossier avait été transféré à cette dernière.
Parallèlement, le 15 février 2022, la Direction générale du patrimoine bâti public avait sommé les deux opposants de quitter leurs résidences, avec un ultimatum fixé au 28 février 2022. Contraints de partir, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré avaient alors quitté la Guinée, et résident depuis à l’étranger.
La décision de la Cour suprême est perçue comme une victoire symbolique de l’État, réaffirmant son autorité sur le patrimoine public. Mais elle dépasse largement la seule question foncière, en ravivant les tensions politiques dans un pays où les opposants majeurs affrontent régulièrement le pouvoir sur le terrain judiciaire.
Pour certains observateurs, cette décision confirme l’État de droit.
« Cette décision montre que personne n’est au-dessus des lois. L’État doit garantir l’intégrité de son patrimoine (…) », estiment-ils.
À l’inverse, les soutiens de Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré dénoncent une justice aux ordres du pouvoir.
« C’est une décision arbitraire et politiquement motivée, visant à éliminer deux figures de l’opposition. », réagissent-ils.
Un analyste politique souligne les implications profondes de l’affaire.
« Ce dossier dépasse largement le conflit immobilier. Il pose la question de l’indépendance de la justice dans un contexte où l’opposition politique reste une cible récurrente. », a-t-il indiqué.
Si la Cour suprême a clos le volet judiciaire, l’onde de choc politique, elle, pourrait se prolonger. Toujours en exil, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré n’ont pas encore réagi publiquement, mais leurs partisans dénoncent une manœuvre politique visant à affaiblir l’opposition.
Mohamed Sylla