CRIEF : le parquet justifie la garde à vue du patron d’AGB2A-GIC et détaille ses soupçons financiers

En réaction au communiqué publié le 8 octobre 2026 par la société AGB2A-GIC, le parquet spécial de la CRIEF affirme que la garde à vue de son administrateur général, Ahmed Tidiane Kanté, s’inscrit dans le cadre d’une enquête préliminaire portant notamment sur des faits présumés d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux et de corruption. Le parquet évoque plusieurs mouvements financiers jugés suspects et assure agir dans le respect de la loi.
Le bras de fer autour de l’arrestation d’Ahmed Tidiane Kanté prend une nouvelle tournure.
Dans un communiqué rendu public jeudi 8 octobre 2026, le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a réagi à la déclaration de la société AGB2A-GIC, qui contestait les accusations visant son administrateur général et dénonçait des allégations qu’elle estime infondées.
Le parquet affirme que le placement en garde à vue du responsable de cette société minière est intervenu sur instruction du procureur spécial, à la suite d’une saisine officielle de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).
Selon le communiqué, une procédure d’enquête préliminaire a été ouverte le 5 octobre 2026 pour des faits présumés d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’infractions assimilées.
Le parquet précise que cette mesure vise notamment à maintenir le suspect à la disposition de la justice et à préserver les éléments utiles à l’enquête.
Des mouvements financiers jugés suspects
Pour justifier l’ouverture de cette procédure, le parquet spécial présente plusieurs éléments issus de l’examen de comptes bancaires liés à la société Guinean Brain Touch (GBT), détentrice d’un permis minier dont l’exploitation a été confiée, dans le cadre d’un contrat d’amodiation, à des sociétés intervenant dans le secteur de la bauxite.
D’après les informations communiquées par le parquet, des différends entre partenaires auraient conduit à une répartition de l’exploitation entre AGB2A-GIC et SD Mining. Les deux sociétés étaient tenues de verser des redevances, également appelées royalties, à GBT.
Toutefois, le parquet affirme avoir constaté une différence importante dans les paiements effectués par les deux sociétés, les versements provenant principalement de SD Mining, sans paiement identifié de la part de GIC dans les éléments examinés.
L’analyse des comptes aurait également révélé d’importants mouvements de fonds, des retraits en espèces et des virements au profit de sociétés liées à certains actionnaires.
Le parquet s’intéresse particulièrement aux comptes d’Almamy David Sylla, actionnaire détenant, selon le communiqué, 30 % du capital de GBT. Il affirme que plus de 90 % des sommes créditées sur certains de ses comptes auraient été retirées par des tiers, sans justification économique jugée suffisante ni identification claire des bénéficiaires finaux.
Ahmed Tidiane Kanté au centre des soupçons
Le parquet accorde une attention particulière à un premier versement de deux millions de francs guinéens effectué par Ahmed Tidiane Kanté sur un compte d’Almamy David Sylla.
Selon son analyse, cette opération soulève des interrogations en raison des relations entre les deux hommes et de leurs responsabilités respectives dans les sociétés concernées.
Le communiqué rappelle qu’Ahmed Tidiane Kanté a précédemment dirigé la Société guinéenne du patrimoine minier (SOGUIPAMI), avant d’exercer des responsabilités au sein d’AGB2A, puis de GIC.
Pour le parquet, ces liens, associés aux mouvements bancaires et aux changements intervenus dans la structure des sociétés, pourraient indiquer une dissimulation de l’identité du bénéficiaire réel d’une partie du capital de GBT. Il avance notamment l’hypothèse qu’Almamy David Sylla aurait pu agir comme prête-nom.
Ces éléments constituent, à ce stade, des soupçons avancés par l’accusation et non des faits définitivement établis par une décision de justice.
Des transferts vers l’étranger également examinés
Le parquet évoque par ailleurs des opérations financières internationales qu’il juge préoccupantes. Il s’interroge notamment sur des transferts de fonds vers des structures établies à l’étranger, en particulier à Chypre, ainsi que sur leur justification économique et fiscale.
Selon le communiqué, certaines opérations pourraient correspondre à des transferts indirects de bénéfices, à travers des contrats de prestations de services ou d’assistance technique dont la réalité et la justification doivent être vérifiées.
Le parquet estime que ces mécanismes auraient pu réduire les recettes fiscales dues à l’État guinéen. Il affirme également que l’enquête doit permettre de déterminer les bénéficiaires effectifs des fonds et d’établir la destination finale des sommes concernées.
Il appartient désormais aux investigations de vérifier ces allégations, d’établir les responsabilités éventuelles et de déterminer si les opérations dénoncées constituent effectivement des infractions à la législation guinéenne.
Le parquet défend sa procédure
Face aux critiques formulées par AGB2A-GIC, le parquet spécial déplore une communication qu’il considère comme susceptible de jeter le discrédit sur son action. Il réaffirme sa volonté de poursuivre les enquêtes relatives aux infractions économiques et financières dans le respect des lois de la République.
Il invite également les citoyens à se référer à ses canaux officiels pour obtenir des informations sur les procédures en cours.
Cette affaire intervient dans un contexte marqué par d’autres mesures de contrôle visant des responsables publics, notamment l’interdiction de sortie du territoire signalée à l’encontre de l’administrateur général de la société AGB2A-GIC, Ahmed Tidiane Kanté et de plusieurs de ses collaborateurs.
Sans préjuger d’un éventuel lien entre ces dossiers, ces mesures rappellent l’importance accordée au contrôle des responsabilités publiques et à l’examen des opérations susceptibles de porter atteinte aux finances de l’État.
Reste que l’efficacité de la lutte contre la criminalité économique se mesure autant à la capacité de mener des enquêtes approfondies qu’au respect des droits des personnes mises en cause.
Dans l’affaire Ahmed Tidiane Kanté, les investigations devront permettre de distinguer les soupçons des faits établis, dans le respect du principe de la présomption d’innocence.
Boua King K.