Le parquet spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion financière des examens nationaux en Guinée, selon une correspondance adressée mardi à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF).
Le document, signé par le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, fait état de soupçons de détournement de deniers publics, de corruption et d’enrichissement illicite dans la gestion de certaines recettes liées au Certificat d’études élémentaires (CEE), au Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et au baccalauréat unique.
D’après les éléments communiqués au parquet, plusieurs prestations associées à l’organisation des examens auraient généré d’importantes recettes. La correspondance cite notamment 5,724 milliards de francs guinéens pour les cartes spéciales examens, 8,585 milliards pour les frais liés aux diplômes et relevés de notes, 618,120 millions pour la légalisation des diplômes et 5,724 milliards pour les photos spéciales examens.
Le parquet s’interroge sur la destination de ces ressources, qui, selon les premières informations dont il dispose, n’auraient pas été intégralement reversées au Trésor public conformément aux règles de la comptabilité publique.
La CRIEF demande que ces éléments soient vérifiés dans le cadre des investigations, sans préjuger de la responsabilité des personnes citées.
Des investigations sur 16 années de gestion
L’enquête ne devrait pas se limiter à la session des examens de 2026. Le parquet demande aux enquêteurs d’examiner la gestion financière sur une période allant de 2010 à 2026.
Les investigations devront notamment porter sur le paiement des primes de surveillance et des indemnités versées aux correcteurs, le transport et la sécurisation des malles contenant les sujets, l’acquisition d’équipements numériques destinés à assurer la traçabilité des élèves ainsi que la gestion des ressources consacrées aux infrastructures scolaires.
La correspondance mentionne également le directeur général des Examens, Mamadi Keita, ainsi que certains cadres de son service. Elle demande que soient vérifiées plusieurs informations relatives à leur patrimoine, notamment des concessions à Sanoyah, des établissements scolaires privés à Kassogna et Kankan, ainsi qu’une villa et un appartement situés à Coléah.
Ces éléments devront eux aussi être établis ou infirmés par les enquêteurs.
Les fonds destinés aux infrastructures scolaires concernés
La procédure porte également sur le financement des infrastructures scolaires. Le parquet demande que soit examinée la gestion d’une enveloppe de plus de 150 millions d’euros qui aurait été mobilisée en septembre 2026 par l’Agence nationale de financement de l’éducation (ANAFE) pour la reconstruction d’infrastructures scolaires.
La CRIEF souhaite notamment que les enquêteurs déterminent les conditions de mobilisation, d’affectation et d’utilisation de ces fonds.
Le parquet spécial a demandé à l’ORDEF de conduire les investigations sous sa supervision et dans le respect de la confidentialité de la procédure.
Cette enquête, qui remonte jusqu’à 2010, pourrait ainsi permettre de faire la lumière sur plusieurs années de gestion des ressources liées aux examens et au financement de l’éducation. À ce stade, aucune responsabilité pénale n’est établie : les faits évoqués restent des soupçons qui devront être confirmés ou infirmés par les investigations judiciaires.
Kadiatou N’Diaye
