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Droits de l’Homme : Amnesty dénonce des abus envers les travailleurs de la Soguipah

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Les autorités guinéennes doivent garantir les droits humains des travailleurs de la Société guinéenne de palmiers à huile et d’hévéas (Soguipah) et enquêter sur des abus généralisés concernant leurs conditions de travail, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié jeudi.

Intitulé « Des salaires à en pleurer : atteintes aux droits des travailleurs liées aux activités de la Soguipah en Guinée », le rapport documente des rémunérations bien en dessous du salaire minimum légal, un manque d’équipements de protection et des pratiques commerciales défavorables aux planteurs affiliés à cette entreprise d’État basée à Diécké, dans la région de Nzérékoré.

« Le président promet depuis 2021 de faire de l’exploitation des ressources naturelles un levier de développement. Les autorités devraient agir immédiatement pour garantir les droits humains de ces travailleurs et petits exploitants », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Des salaires dérisoires et des conditions précaires

Selon les données recueillies par Amnesty, la Soguipah, détenue à 100 % par l’État, employait en 2024 plus de 4 000 personnes et comptait 6 801 planteurs affiliés. Sur 30 fiches de paie examinées entre 2022 et 2025, 29 présentaient des salaires inférieurs au minimum légal de 550 000 francs guinéens (environ 55 euros) par mois.
En septembre 2025, le salaire le plus bas s’élevait à 69 783 francs guinéens (environ 7 euros) pour 170 heures de travail.

« Quand tu vois le bulletin de paie de certaines personnes, ça donne envie de pleurer », a confié un travailleur cité dans le rapport, décrivant une vie marquée par l’endettement et la précarité.
Les difficultés d’accès aux produits de base, aggravées par l’enclavement de la zone de Diécké, accentuent la vulnérabilité des familles.

Amnesty relève aussi un manque d’équipements de protection pour les ouvriers exposés à des produits chimiques dans les plantations et à l’usine. L’organisation souligne que, malgré des plaintes répétées, l’entreprise n’a pas mis en œuvre son devoir de diligence, tandis que l’État a manqué à son rôle de supervision.

Des planteurs sous pression

Les planteurs liés à la Soguipah affirment ne pas avoir accès à la convention signée dans les années 1990 régissant leur relation contractuelle avec l’entreprise. Beaucoup disent être contraints de vendre leur production exclusivement à la société, souvent à des prix inférieurs à ceux du marché.
Certains dénoncent également des prélèvements injustifiés sur leurs ventes, autrefois destinés à financer l’entretien des pistes et l’assistance technique, des services aujourd’hui interrompus.

Des dizaines de familles ont par ailleurs perdu leurs terres au profit de la Soguipah, sans compensation équitable. « La Soguipah a tout pris, il n’y a plus où cultiver », témoigne une femme interrogée.

Des abus connus mais impunis

Depuis 2019, les travailleurs ont organisé plusieurs manifestations à Diécké et à Conakry pour réclamer de meilleures conditions. En janvier 2025, un nouveau préavis de grève a encore été déposé.
Mais au lieu d’engager un dialogue social, les autorités auraient favorisé un climat de peur. Amnesty évoque notamment le licenciement d’une cadre ayant dénoncé publiquement la situation des femmes, et des menaces contre ceux qui critiquent la société sur les réseaux sociaux.

« Les autorités de transition doivent tenir leurs promesses répétées de protéger les droits économiques et sociaux de tous », a exhorté Fabien Offner, chercheur senior à Amnesty International, appelant au respect des obligations du pays en vertu du Code du travail et des conventions internationales.

Le rapport repose sur des enquêtes menées en 2024 et 2025 auprès de 90 personnes. Ses conclusions ont été transmises aux autorités et à la direction de la Soguipah le 3 octobre, sans réponse reçue à ce jour, selon Amnesty.

Dans un pays où les promesses de « refondation sociale » restent un pilier du discours politique, ce rapport vient rappeler la fragilité des droits économiques des travailleurs face aux entreprises publiques. La balle est désormais dans le camp de l’État guinéen, entre devoir d’exemplarité et nécessité d’action.

Mohamed Sylla

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