Vingt-neuf personnes ont été interpellées lundi dans la commune rurale de Kourémalé, à la frontière guinéo-malienne, pour avoir célébré l’Aïd-el-Fitr en décalage avec la date officielle fixée par les autorités religieuses, a appris Conakry Infos de sources locales.
Les fidèles concernés affirment ne pas avoir aperçu le croissant lunaire, et donc considérer que le mois de Ramadan n’était pas achevé dimanche, contrairement à la décision du Secrétariat général aux Affaires religieuses qui avait appelé à célébrer la fête ce jour-là.
Alertées par des habitants, les autorités locales sont intervenues alors que le groupe se rassemblait pour la prière.
« Ce matin, aux environs de 9 heures, un citoyen m’a informé que des personnes étaient en train de prier dans un local. J’ai immédiatement alerté le sous-préfet, qui a saisi le commissariat spécial de la frontière. », a expliqué Koumou Keïta, président de la délégation spéciale de Kourémalé.
« Nous nous sommes déplacés pour constater les faits et avons trouvé un regroupement en pleine prière. Le commissaire a procédé à leur interpellation : vingt-neuf personnes, dont leur imam. D’autres ont pris la fuite (…) », a-t-il ajouté.
Les personnes arrêtées ont d’abord été conduites au commissariat spécial de la frontière avant d’être transférées au centre-ville de Siguiri, situé à plus de 70 km, sur ordre du procureur de la République.
Contacté par Conakry Infos, le préfet de Siguiri, le colonel Ibrahima Douramoudou Keïta, a justifié ces interpellations.
« Ces individus ont enfreint une décision gouvernementale. En collaboration avec l’autorité judiciaire, ils ont été mis aux arrêts et seront déférés à la maison d’arrêt de Siguiri. Nous n’accepterons pas de telles violations (…) », a-t-il déclaré.
Selon lui, des enquêtes sont en cours pour comprendre les raisons exactes de cet acte.
« La préfecture de Siguiri est frontalière avec le Mali, et il semblerait qu’un chef religieux local ait dirigé cette prière. Pour l’instant, ils sont au commissariat central de Siguiri pour audition », a-t-il précisé.
Cette interpellation pose la question du respect des décisions officielles dans un contexte où certaines communautés revendiquent leur autonomie dans la fixation des dates religieuses.
Une situation qui relance le débat sur l’harmonisation des pratiques confessionnelles en Guinée.
Kadiatou N’Diaye