Une centaine de jeunes migrants est arrivée jeudi nuit à Kankan à bord de quatre minibus et de quatre autres taxis de marque Renault en provenance des pays du Maghreb, où ils se sont rendus dans l’espoir d’aller en Europe en traversant la Méditerranée.
Venus d’Algérie, de la Libye, du Niger et d’autres pays du Maghreb, ces jeunes migrants ont été hébergés dans le bâtiment de l’ancien tribunal de première instance de Kankan, situé à quelques encablures du stade préfectoral M’Balou Mady Diakité ‘’Glao’’.
Dans la journée du vendredi 25 mai, la correspondante régionale de Conakryinfos s’est rendue sur les lieux, où elle a constaté la présence de l’OIM et des autorités locales.
Dans la salle, les migrants fumant de la cigarette et du chanvre indien, avaient des cheveux en rasta avec des barbes trop poussées et des moustaches.
Interrogé, l’assistant du projet OIM, Sanaba Sékou Condé a expliqué les conditions dans lesquels ces jeunes ont été accueillis à Kankan.
« Depuis ces derniers jours, on a annoncé l’arrivée de 131 migrants ; et hier, on a reçu 117 migrants à bord de huit véhicules, quatre minibus et quatre taxis 405. Ce matin, on a que 94 et les autres sont déjà partis à Conakry la même nuit. Sur le nombre de migrants restants ici, nous sommes en train de planifier pour envoyer certains à N’Nzérékoré et les autres à Conakry. La semaine dernière, nous avons enregistré l’arrivée de beaucoup de migrants encore », a indiqué M. Condé.
Youssouf Camara, migrant originaire de Conakry, sorti du pays depuis 2014 à cause d’un manque de soutien : « C’est à cause d’un manque de soutien que j’ai quitté la Guinée pour l’aventure, sinon moi je suis un élève footballeur. De la Guinée je suis allé au Mali, où les maliens qualifient les Guinéens de méchants pour les vendre aux gens qui sont au niveau de la route. Parmi ces gens, il y a des Guinéens, Maliens, Sénégalais qui nous demandaient d’appeler nos mamans, afin d’envoyer de l’argent. Si cela n’est pas fait, on nous frappe méchamment. Une fois en Algérie, j’ai eu un travail dans la maçonnerie, mais mon employeur refusait de me payer ; et si je réclame mon argent, il dit que je n’ai pas de papier. Car les militaires qui sont là-bas m’ont retiré tout ce que j’avais comme téléphone, argent, habits. Il n’y a pas un endroit où dormir, les Guinéens qui sont en Algérie souffrent énormément. Un jour les Algériens ont dit que nous devons quitter chez eux pour rejoindre nos pays respectifs. Ils sont venus dans notre chantier à 14 heures avec trois bus pour attraper les gens et les mettre dans des bus. D’ailleurs, l’un de nos amis est décédé au chantier là-bas. Nous lançons une aide auprès des autorités pour nous enlever dans une telle situation », a lancé Youssouf.
Ainsi, Alpha Aboubacar Camara, originaire de Mamou, diplômé en administration publique fait la genèse de sa mésaventure.
« Quand j’ai terminé mes études j’ai cherché de l’emploi en Guinée, je n’ai pas eu même un lieu de stage. Après j’ai décidé de faire l’aventure en juin 2017 direction Algérie. Je suis venu à Siguiri sur ma moto et je l’ai revendue là-bas à 3 millions de nos francs. Je suis arrivé à Bamako et j’ai rencontré mes propres frères guinéens qui m’ont revendu là-bas parce que c’est à Bamako qu’on fait toutes les affaires. Ils m’ont fait payer en Algérie directe en me donnant le ticket d’un correspondant qui est à Gao appelé Moussa 11, un Nigérien. Il nous a logés chez lui pendant deux semaines avant de nous embarquer à bord d’un camion sur la route des rebelles. On n’a même pas parcouru 5 Km, les rebelles nous ont attaqués en nous dépouillant de tous nos biens (téléphone, habits, argent et manger) en nous laissant sur le désert. Nous avons été victimes des attaques à chaque 100 ou 200 mètres par des rebelles. Arrivés à Kidal, on a rencontré certains militaires guinéens qui nous ont conseillés de se retourner au pays, mais on n’a pas écouté, on a continué notre chemin de souffrance en souffrance jusqu’à ce que nous sommes rentrés en Algérie. Là-bas aussi, c’est de la merdre. Une fois sur le territoire algérien, il y a la distinction. Partout où il y a le travail dur, c’est là-bas on nous envoie. Exploitation sur exploitation. Il y a même certains de nos amis qui ont été poignardés. Quelques temps après, ils ont commencé le rapatriement clandestin en prenant les gens un à un sur leurx lieux de travail », a indiqué Alpha Aboubacar.
Sékou Condé aussi, migrant originaire de N’Nzérékoré : « J’ai quitté la Guinée en 2016. J’ai un frère en Algérie qui m’a envoyé une somme de 15 000 CFA de venir à Bamako ; de là-bas il m’a encore envoyé 10 000 francs CFA pour venir à Gao. C’est de là que j’ai profité moi-même pour renter en Algérie. J’étais ascenseur à Alger. Comme nos amis l’ont dit, nous avons rencontré beaucoup de difficultés : on te fait travailler sans que tu ne sois payé. A cela s’ajoutent des injures grossières et des braquages. J’ai un ami du nom de Moussa Camara, originaire de Beyla qui a été tué dans un quartier d’Alger en 2017 par les Algériens. Je ne sais pas quel est le rôle de nos ambassades à l’étranger. Il y a rien en aventure, sauf la souffrance », regretté Sékou Condé.
L’assistant projet de l’OIM à Kankan a précisé que chaque migrant rapatrié a droit à une somme forfaitaire de 500 000 francs guinéens et à un téléphone portable.
Fatoumata Diawara, correspondante régionale à Kankan
Tel: 622 27 82 30
