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Soudan : Les militaires prennent le pouvoir et déclarent l’état d’urgence

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Les forces armées ont pris le pouvoir ce lundi au Soudan. Le chef militaire du conseil de souveraineté a annoncé à la télévision la dissolution du gouvernement et a déclaré l’état d’urgence. Plusieurs dirigeants civils ont été arrêtés, notamment le Premier ministre et des tirs ont été entendus à Khartoum.

Le général Abdel Fattah Al-Burhan a annoncé lundi qu’il formerait un nouveau gouvernement composé de « personnes compétentes » après avoir dissout les autorités en charge du pays depuis le renversement du dictateur Omar el-Béchir en 2019. Il a aussi décrété l’état d’urgence dans l’ensemble du pays, l’un des plus pauvres au monde.

Mais le militaire a réitéré son attachement à « la transition vers un Etat civil » et promis de créer les nombreuses institutions étatiques, comme la Cour suprême, qui auraient dû voir le jour il y a plusieurs mois, selon le calendrier de transition acté après le renversement de l’autocrate Omar el-Béchir.

Un coup d’Etat dénoncé

L’Association des professionnels, l’un des fers de lance de la révolte de 2019 dénonce de son côté « un coup d’Etat militaire ». Dans un pays où internet a été coupé et où les télécommunications sont de plus en plus aléatoires, seul un canal subsiste : des communiqués du ministère de l’Information mis en ligne sur Facebook.

« La plupart des ministres et les membres civils du Conseil de souveraineté ont été arrêtés » et ce, « par des forces militaires », a-t-il d’abord annoncé. Puis, a-t-il ajouté, « après qu’il a refusé de soutenir le coup d’Etat, des forces armées ont arrêté le Premier ministre Abdallah Hamdok et l’ont emmené vers un lieu non identifié ».

Dans sa dernière publication sur Facebook, le ministère a fait état de tirs « à balles réelles » sur des protestataires devant les quartiers généraux de l’armée, dans le centre de Khartoum, dont l’accès est bloqué par des blocs de béton et des soldats depuis plusieurs jours.

De nouveau dans les rues

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais se sont réunis et ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane.

Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de « révolution » pour refuser ce que les militants appelaient déjà « un coup d’Etat rampant ».

Le bureau du Premier ministre soudanais, aux mains de l’armée lundi matin, a aussi appelé dans un communiqué diffusé par le ministère de l’Information à « manifester » contre « un coup d’Etat ». « Nous appelons la population soudanaise à protester par tous les moyens pacifiques possibles », a indiqué le bureau de Premier ministre Abdallah Hamdok.

Inquiétudes internationales

Les Etats-Unis, dont l’émissaire était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, Abdallah Hamdok, aujourd’hui en détention, se sont dits « profondément inquiets ».

Ces annonces d’une prise de pouvoir par les militaires vont « à l’encontre de la déclaration constitutionnelle » qui régit la transition dans le pays » et des aspirations démocratiques du peuple soudanais », a tweeté l’émissaire américain pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman.

La Commission européenne a de son côté appelé à la « libération rapide » des dirigeants civils du gouvernement et réclamé un rétablissement « urgent » des communications dans le pays. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a appelé sur Twitter la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails ».

Une tension croissante

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis que l’armée a poussé au départ l’ancien président Omar el-Béchir en avril 2019 après trois décennies de pouvoir sous la pression d’une énorme mobilisation populaire. Depuis août de la même année, le pays est dirigé par un Conseil de souveraineté composé pour moitié de civils et pour moitié de militaires.

Mais ces derniers jours, la tension est montée entre les deux camps. Le 16 octobre, des pro-armée ont planté leurs tentes devant le palais présidentiel où siègent les autorités de transition, partagées entre civils et militaires selon la transition qui devait s’achever en 2023.

En réponse, le 21 octobre, des pro-civils sont descendus par dizaines de milliers dans les rues des différentes villes du pays, dans un joyeux festival pour, disaient-ils, « sauver » leur « révolution », le soulèvement qui a mis fin en 2019 à 30 années de dictature d’Omar el-Béchir.

Depuis, le sit-in des pro-armées a débordé ailleurs dans Khartoum. Dimanche matin, premier jour de la semaine, ils ont bloqué un des principaux ponts de la ville créant des embouteillages monstres. Et le soir, ils sont de nouveau ressortis, brûlant des pneus en travers de route.

Face à eux, l’Association des professionnels et le syndicat des médecins également très actif en 2019 ont appelé à la « désobéissance civile ».

 

Sources :  Agences/Ther

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