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Rwanda : Paul Rusesabagina, le héros de « Hotel Rwanda », condamné à 25 ans de prison pour « terrorisme »

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Paul Rusesabagina, ancien hôtelier dont l’histoire a inspiré le film « Hotel Rwanda » et devenu un féroce critique du président Paul Kagame, a été condamné lundi à 25 ans de prison pour « terrorisme », au terme d’un procès qualifié de « politique » par ses soutiens.

L’ancien directeur de l’Hôtel des Mille Collines à Kigali, connu pour avoir permis le sauvetage de plus d’un millier de personnes durant le génocide de 1994, a été reconnu coupable d’avoir formé et financé le Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d’avoir mené des attaques meurtrières au Rwanda en 2018 et 2019.

La prison à vie avait été requise contre lui mais le tribunal a décidé « de réduire sa peine à 25 ans », a déclaré la juge Beatrice Mukamurenzi, en affirmant que M. Rusesabagina « a reconnu certains des crimes et s’en est excusé » et qu’il s’agit de sa première condamnation.

Mais « étant donné qu’il ne s’est pas rendu à son procès, il ne peut y avoir de réduction de ces 25 ans », a précisé l’une des trois juges du tribunal de Kigali, en référence au boycott des audiences par l’accusé et sa défense depuis mars.

Sa fille adoptive Carine Kanimba a dénoncé un verdict « décidé » par le président Paul Kagame, qu’elle accuse d’avoir « kidnappé » son père pour l’amener à Kigali.

La Belgique, dont Paul Rusesabagina est ressortissant et où il vivait en exil, a estimé qu’il n’a « pas bénéficié d’un procès juste et équitable ».

La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a, elle, estimé sur Twitter que « les Rwandais se sentent plus en sécurité maintenant que justice a été rendue ».

« Peine de mort »

Paul Rusesabagina, 67 ans, a été rendu célèbre par le film « Hotel Rwanda » sorti en 2004, qui a raconté comment ce Hutu modéré a sauvé plus de 1.000 personnes réfugiées dans son établissement durant le génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, principalement des Tutsi.

Après avoir été arrêté dans des conditions controversées à Kigali en août 2020, ce virulent opposant à Paul Kagame a été jugé de février à juillet pour neuf chefs d’accusation, dont celui de « terrorisme ».

Paul Rusesabagina a admis avoir participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé, mais il a toujours nié toute implication dans ces attaques.

« Le MRCD-FLN a commis des actes terroristes. Le MRCD ne peut être séparé des actes militaires » du FLN, a déclaré Beatrice Mukamurenzi.

Ni Rusesabagina, qui a 30 jours pour faire appel, ni ses avocats n’étaient présents à la lecture du verdict.

Ils ont boycotté les audiences depuis mars, dénonçant un procès « politique » rendu possible par son « enlèvement » organisé par les autorités rwandaises, ainsi que des mauvais traitements en détention.

Sa famille et ses soutiens n’ont cessé de dénoncer « un spectacle mis en place par le gouvernement rwandais pour faire taire un critique et refroidir toute dissidence future ».

« Compte tenu de l’âge et de la mauvaise santé de M. Rusesabagina, cette peine sévère est susceptible d’être une condamnation à mort », a estimé la Fondation George Clooney dans un communiqué.

Les Etats-Unis, qui lui ont décerné la médaille présidentielle de la liberté en 2005, et le Parlement européen avaient également exprimé leurs préoccupations sur les conditions de son arrestation et l’équité du procès.

Dans une interview début septembre, le président rwandais Paul Kagame avait assuré que Paul Rusesabagina serait « jugé aussi équitablement que possible ».

– Témoignages contradictoires-

Paul Rusesabagina est depuis plus de 20 ans un virulent opposant à Paul Kagame, qu’il accuse d’autoritarisme et d’alimenter un sentiment anti-Hutu.

Il vivait depuis 1996 en exil aux Etats-Unis et en Belgique, avant d’être arrêté à Kigali en 2020 dans des circonstances troubles, à la descente d’un avion qu’il pensait à destination du Burundi.

Le gouvernement rwandais a admis avoir « facilité le voyage » vers Kigali, mais affirmé que l’arrestation était « légale » et que « ses droits n’ont jamais été violés ».

Les cinq mois d’audience ont vu des témoignages contradictoires sur son rôle.

Un porte-parole du FLN a déclaré qu’il n’avait « pas donné d’ordres aux combattants du FLN ». Un autre coaccusé a, lui, affirmé que tous les ordres venaient de lui.

Sa notoriété hollywoodienne avait suscité des critiques. Certains survivants des Mille Collines lui reprochent notamment d’avoir tiré profit de leur malheur et d’avoir embelli son rôle.

Il avait également utilisé sa célébrité pour donner un écho mondial à ses positions de plus en plus virulentes contre le régime de Paul Kagame, ce qui lui vaut des attaques de partisans du régime.

Source : AFP

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