L’ancien directeur général de la Banque Nationale d’Investissement de Guinée (BNIG), Alpha Mohamed Kallo, a remis en question mercredi la légalité du versement de sept milliards de francs guinéens à l’homme d’affaires Sory Doumbouya, propriétaire de la société Djoliba Pêche et du club de football Milo FC.
Devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), M. Kallo a déclaré que cette somme avait été déboursée sur la seule instruction du président de l’époque, Alpha Condé, sans qu’aucun document contractuel officiel n’en définisse les modalités, a-t-on appris de source judiciaire.
L’ancien dirigeant de la BNIG a affirmé n’avoir jamais eu connaissance d’un contrat dûment validé par l’ensemble des parties concernées avant que le paiement ne soit effectué, une déclaration qui fragilise la défense de Sory Doumbouya.
Ce dernier est poursuivi pour corruption dans le cadre d’un projet gouvernemental visant à moderniser la pêche artisanale.
Selon l’accusation, ces fonds étaient destinés à la fabrication et à la livraison de 300 barques en fibre de verre, en remplacement des embarcations en bois souvent impliquées dans des accidents en mer.
À la barre, Sory Doumbouya a nié toute irrégularité et assuré avoir livré 120 barques, pour une valeur totale de 16,8 milliards de francs guinéens.
« Je n’ai reçu que sept milliards et l’État me doit encore 9,8 milliards (…) », a-t-il déclaré.
Pour prouver la légalité de la transaction, il a présenté une copie d’une convention signée le 28 octobre 2018 entre Djoliba Pêche, le ministère de la Jeunesse, Afriland First Bank Guinée et la BNIG.
Mais ces documents n’ont pas convaincu M. Kallo, qui a estimé que le paiement avait été effectué en dehors des procédures habituelles de passation de marchés publics. Il s’est interrogé sur l’absence de validation préalable de la convention par toutes les parties concernées avant l’exécution du virement.
Face à ces contradictions, l’Agent Judiciaire de l’État a exigé la communication de toutes les pièces contractuelles. Le juge Yagouba Conté a ordonné le renvoi de l’affaire au 5 mars pour la comparution des représentants d’Afriland First Bank Guinée, d’EJICO Sarl, ainsi que la remise des documents justificatifs.
Ce dossier relance le débat sur la gestion des fonds publics sous l’ancien régime. Depuis la chute d’Alpha Condé en 2021, plusieurs hommes d’affaires et responsables politiques ont été poursuivis pour corruption et malversations financières.
L’implication de figures influentes du secteur privé dans ces affaires met en lumière les liens étroits entre le monde des affaires et le pouvoir politique en Guinée, une relation qui continue de soulever des interrogations sur la transparence et la gouvernance économique du pays.
Boua King Kouyaté
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