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Banlieuz’Art, l’éternel duo préféré des Guinéens

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Ils occupent une place à part dans le cœur du public guinéen. Pionniers de la musique urbaine dans le pays, Marcus et King Salaman ont réussi à entretenir ces liens très forts, malgré l’absence, la distance et les changements d’époque. 2022 marque leur grand retour. Après un concert évènement pour fêter leurs 15 ans de carrière en mai dernier, ils ont prévu de sortir leur 4e album à la fin de l’année. Très occupés, il a fallu des semaines avant de pouvoir organiser une rencontre avec le binôme et seul Marcus a finalement répondu à l’invitation.  

RFI Musique : King Salaman n’a pas pu être là pour l’interview. C’est quelqu’un qui est difficile d’accès ?  
Marcus : Il est dur à avoir. Il est très famille et il aime la terre. C’est l’agriculture lui ! Il est installé en haute banlieue, à la sortie de Conakry. Il a son champ, des hectares qu’il exploite. Il fait pousser du piment, des pastèques. Son père est botaniste. Du coup, ils font des greffes, des choses extraordinaires. Il est fasciné par ça et heureusement que je suis là pour lui rappeler qu’il est artiste. (rires)

Vous avez fêté vos 15 ans de carrière avec Salaman, mais le groupe est plus ancien, il date de 2004. King ne vous a rejoint qu’en 2007. Racontez-nous cette rencontre…
Ça a été un moment magique. J’étais dans une dépression terrible, j’étais déboussolé. En fait, j’ai fondé le groupe avec des amis qui sont décédés (ils ont été assassinés, ndlr). Salaman arrive dans ma vie à ce moment-là, alors que je pense à arrêter. Je rencontre un type avec un talent inouï, quelque chose que je n’avais jamais vu. Et j’ai tout de suite compris que c’était la personne dont mes voyants me parlaient (rires). J’ai compris tout de suite que ça allait durer avec lui. Et jusqu’à aujourd’hui, on conjugue le même verbe. Bien sûr, c’est comme la dent et langue, parfois la dent mord la langue, mais ça ne les empêche pas de rester ensemble dans la bouche. On a appris à se comprendre, à se tolérer, à s’accepter et à s’améliorer au fil des années. On a cultivé cet amour et une certaine symbiose qui nous servent énormément quand il faut créer, monter un spectacle…           

Pour vos 15 ans de carrière, vous avez organisé un grand concert. Vous promettiez de livrer le meilleur spectacle de votre vie au stade Nongo le 21 mai. Alors ?     
Bah écoute, c’était une réussite, on a gagné notre pari. On a pu prouver encore une fois à tous les mélomanes que nous sommes encore présents, sur le devant de la scène. On avait laissé notre trône vacant qu’on a récupéré ce jour-là. Ça a été, je pense, le meilleur spectacle live de notre carrière. Toutes ces années nous ont permis d’accumuler de l’expérience, on a énormément appris grâce à nos tournées à travers le monde entier et, ce jour-là, on a chanté des morceaux qui ont bercé des générations. On a croisé des gens qui ont 25 ans aujourd’hui et qui en avaient 12 quand on sortait notre premier album. Il y avait beaucoup de nostalgie. C’était un soir très spécial.

Ce n’est pas évident pour les artistes de s’inscrire dans la durée. En Guinée encore moins ? 
Si c’est compliqué de tenir 15 ans dans la musique, si cette règle est universelle, il faut multiplier par trois le niveau de difficulté en Guinée. Ici, on ne vit pas de son art, on n’a pas de réel mécène, on n’a pas vraiment d’accompagnement. C’est un défi du début des enregistrements jusqu’à l’aboutissement du projet. Nous, ce qui nous anime, c’est la passion. Nous ne sommes pas rétribués à notre juste valeur. Quand on va jouer dans d’autres pays, nous sommes mieux payés. C’est vrai, en 15 ans, les conditions se sont un peu améliorées. Les cachets ont augmenté. À l’époque, on partait à l’intérieur du pays, à Mamou, à Kindia, pour 1 million 500 000 francs guinéens (un peu plus de 170 euros, ndlr). Aujourd’hui, les jeunes artistes touchent jusqu’à 120 millions. C’est ça l’objectif : il faudrait que ceux qui viennent après nous gagnent de l’argent, qu’ils puissent s’enrichir grâce à la musique.    

Cette nouvelle génération ne vous a jamais fait peur ? Vous n’avez jamais pensé qu’elle pouvait finir par éclipser votre succès ?
On est très fiers d’eux. Fiers de voir émerger une relève solide. Hier, c’était nos grands-frères, on ne parlait pas de nous. Aujourd’hui, c’est nous et demain, forcément ça sera d’autres. Le succès est éphémère, il s’en va un jour. Mais à aucun moment, on n’a tremblé. On n’a pas peur de perdre notre place. À une époque, on a eu d’autres objectifs. On a voulu explorer d’autres horizons. On a un peu disparu de Guinée. Ça donnait peut-être l’impression qu’on était passé de mode, mais en réalité, on n’avait plus rien à prouver ici et on voulait connaître autre chose. Tout le monde revendiquait notre trône, mais la vérité, c’est que ce trône est resté vide pendant toute cette période. Ses propriétaires étaient ailleurs, en train d’arpenter d’autres terres. Entre 2012 et 2018, on a fait 6 ans sans sortir d’album. On s’est concentré sur la sous-région et l’international. Quand on a sorti notre troisième album en 2018, Kun Faya Koun Kalanke, ça a été une réussite. On l’a présenté au stade du 28-septembre, on a été les premiers artistes urbains à remplir un stade en Guinée. C’est ce soir-là qu’on a compris qu’on était encore assis sur le trône. Comme l’a dit Salaman dans une interview, notre musique a fait le tour du monde et est revenue en Guinée pour s’imposer. Donc, on a repris le trône et là, on a promis de ne plus jamais le lâcher tant qu’on n’aura pas un héritier digne de ce nom (rires).

Vous n’avez pas encore trouvé ?
Si, je pourrais citer quelques artistes. Il y a King Alasko qui fait partie de cette relève de la musique urbaine et est une véritable suite logique de notre travail. Mais il y a en beaucoup d’autres : MD Benga, Wada du Game, Straiker, Zaga Boy, Saifond… Le talent ne manque pas en Guinée. Les étrangers, quand ils viennent ici, disent que c’est la petite Jamaïque. Conakry, c’est vrai, est entourée d’eau, mais c’est surtout à cause de cette musique brute qu’on trouve partout dans ses rues.

Entre 2018 et 2022, vous avez de nouveau disparu des radars…
Il y a eu une période creuse. On a eu un problème avec notre manager de l’époque, mais on revient avec de nombreux projets pour le futur. À la fin de cette année, on prévoit de publier notre quatrième album. Il est prêt à 50%. On est dessus depuis 2018. Je peux d’ores et déjà annoncer qu’il y aura un featuring avec Black M. C’est un morceau qu’on a enregistré en 2017. On a prévu aussi de faire un titre collectif, dans lequel on va retrouver presque toutes les figures de la nouvelle génération. Le morceau va s’appeler Metallica. C’est l’acier quoi, il va falloir avoir le flow, les techniques, tout ce qu’il faut pour être au-dessus. On va essayer de réunir la crème de la musique urbaine guinéenne sur ce morceau. Ce sera le dernier Kun Faya Koun, en attendant de voir comment les choses vont évoluer par la suite. En 2023, chacun fera un album solo. C’est Salaman qui sortira le sien en premier et puis le mien en 2024.

Est-ce que vous avez décidé de mettre fin au duo Banlieuz’art ?
Banlieuz’art ne nous appartient plus. Ce n’est pas à nous, mais au public, qui a toujours accompagné et soutenu ce groupe, d’en décider. Mais ici, il n’est pas question de se séparer, ce n’est pas la fin à proprement parler.

RFI
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