Justice : les huissiers en grève pour protester contre la détention de deux confrères

Les huissiers de justice de Guinée ont annoncé jeudi la suspension de leurs activités à compter de minuit, jusqu’à nouvel ordre, pour protester contre le maintien en détention de deux confrères poursuivis devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour des faits présumés de faux et d’escroquerie au jugement.

La décision a été prise à l’issue de deux assemblées générales extraordinaires de la Chambre nationale des huissiers de justice, après le rejet des demandes de mise en liberté provisoire de Me Sory Daouda Camara, président honoraire de la Chambre, et de Me Mandjou Sangaré.

L’affaire fait suite à une plainte déposée le 16 juin 2026 par Ecobank Guinée concernant une procédure de saisie-attribution de créance engagée en avril 2018, dans un litige opposant la banque à Me Halimé Saad Chalhoub au sujet d’une créance revendiquée à l’encontre du Centre commercial Africof.

Selon le parquet spécial, Me Mandjou Sangaré, alors stagiaire dans l’étude de Me Camara, aurait établi un procès-verbal constatant un refus de déclaration de la banque, alors qu’il n’était pas assermenté.

Le document aurait ensuite été signé et revêtu du sceau de Me Camara. Un jugement du 29 novembre 2018 avait annulé ce procès-verbal. En 2025, la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) a condamné Ecobank Guinée au paiement des causes de la saisie et de sommes accessoires, selon des comptes rendus de l’affaire.

Les deux huissiers, placés sous mandat de dépôt le 29 septembre 2026, contestent les faits qui leur sont reprochés. Les poursuites portent notamment sur des faits présumés de faux et usage de faux, d’escroquerie au jugement et d’usurpation de titre et de fonction.

« On ne se sent pas en sécurité », a déclaré Me Jean-Pierre Pépé Béavogui, secrétaire général de la Chambre, pour justifier la suspension.

La corporation invoque également l’état de santé de Me Camara, qui aurait subi deux opérations à la gorge et doit effectuer un rendez-vous médical le 2 décembre prochain.

« Si les garanties ne sont pas accordées pour exercer librement cette profession, il va sans dire que les professionnels que nous sommes envisagerons de prendre des dispositions pour nous mettre à l’abri », a ajouté Me Béavogui.

La Chambre affirme avoir informé le garde des Sceaux de sa décision et réclame des garanties pour permettre aux huissiers d’exercer en toute sécurité.

Le parquet spécial, de son côté, a défendu le bien-fondé des poursuites et indiqué vouloir laisser la procédure suivre son cours.

Si la grève se prolonge, elle pourrait perturber le fonctionnement des cours et tribunaux, les huissiers jouant un rôle essentiel dans la signification des actes et l’exécution des décisions de justice.

Des retards dans certaines procédures pourraient ainsi compliquer davantage le traitement des dossiers judiciaires en Guinée.

Mohamed Sylla