Aboubacar Diakité, dit « Toumba » a été transféré mardi de la Maison centrale de Conakry vers la prison civile de Coyah, une décision justifiée par le parquet général au nom de la sécurité pénitentiaire mais vivement contestée par ses avocats, qui dénoncent une violation du droit.
Dans un communiqué publié mardi, le parquet général de Conakry a indiqué qu’« une opération de contrôle et de fouille inopinée » avait été menée le 9 février 2026 à la Maison centrale de Conakry, permettant la saisie de plusieurs objets prohibés, notamment des téléphones portables, des substances psychotropes et des armes blanches en possession de certains détenus.
Selon le procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya, Aboubacar Diakité aurait, lors de cette opération, « fait preuve d’une attitude agressive en refusant de se soumettre à la fouille, tout en proférant des menaces à l’encontre des agents de sécurité », un comportement ayant, selon lui, « créé des tensions parmi les autres détenus ».
« Face à cette situation alarmante compromettant la sécurité de l’établissement, l’administration pénitentiaire a pris la décision légale et appropriée de transférer Monsieur Aboubacar Diakité, le mardi 10 février 2026, à la Maison centrale de Coyah », affirme le parquet, soulignant que cette mesure vise à « préserver l’ordre public et garantir la sécurité des détenus et du personnel pénitentiaire ».
Le parquet général a par ailleurs réaffirmé sa « détermination à veiller au strict respect de la loi et à la sécurité des établissements pénitentiaires », ainsi qu’à lutter contre toute forme de criminalité susceptible d’être organisée depuis les lieux de détention.
Mais cette version est fermement rejetée par le collectif des avocats du détenu. Dans un communiqué rendu public mardi, les conseils d’Aboubacar Diakité affirment avoir appris, dans un premier temps via les réseaux sociaux, l’existence d’une extraction de leur client, avant de se heurter à une interdiction d’accès à la Maison centrale, y compris pour les avocats.
Selon le collectif, un de ses membres a finalement pu s’entretenir avec le détenu le 9 février « dans un climat apaisé », avant d’apprendre, le lendemain, son transfert effectif vers la prison civile de Coyah, confirmé par le procureur général, sans que l’auteur de l’ordre d’extraction ne soit précisé.
Les avocats rappellent qu’Aboubacar Diakité a été condamné le 31 juillet 2024 à dix ans de réclusion criminelle par le tribunal de première instance de Dixinn et qu’il a déjà purgé plus de huit ans de détention.
Ils estiment que son transfèrement « en dehors de la Maison centrale de Conakry est contraire au droit positif guinéen », faute de décision préalable d’une juridiction compétente.
S’appuyant sur plusieurs dispositions du Code de procédure pénale, le collectif soutient que tout incident lié à l’exécution d’une peine doit être soumis à la juridiction ayant prononcé la sentence ou à la chambre compétente, dénonçant une mesure « arbitraire » portant atteinte aux droits de la défense et à la sécurité juridique.
Les avocats exigent la cessation immédiate de cette mesure et le retour de leur client à la Maison centrale de Conakry, estimant qu’« aucun titre légal ne fonde sa détention à Coyah ».
Aboubacar « Toumba » Diakité, ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, a été condamné pour responsabilité de commandement dans les événements du 28 septembre 2009, qui avaient fait au moins 156 morts selon l’ONU.
Son ancien chef, condamné à vingt ans de prison, a depuis été gracié par le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya.
Cette nouvelle controverse autour du transfèrement de l’un des détenus les plus emblématiques du pays relance le débat sur la gestion sécuritaire des prisons et le respect des garanties judiciaires en Guinée.
Mohamed Sylla