Kindia : Une plainte collective de 28 personnes déposée contre un sous-traitant de Winning Consortium Simandou

Le comité de suivi des impacts des travaux ferroviaires du projet Simandou dans la sous-préfecture de Madina-Oula (Kindia) a rendu public, samedi 31 janvier 2026, son deuxième rapport annuel, qui a fait état de 28 nouvelles plaintes visant l’entreprise chinoise CRCC16, sous-traitant du Winning Consortium Simandou.

Ce rapport de quinze pages, élaboré avec l’appui de l’ONG Action Mines Guinée, dénonce notamment la destruction de marais et de champs de riz, la pollution atmosphérique liée aux travaux, ainsi que la lenteur dans le traitement des plaintes écrites déposées par les communautés affectées par le passage du corridor ferroviaire dans la localité de Madina-Oula.

Dans une interview accordée à Conakry Infos, N’fa Ousmane Keita, chef secteur de Gnègueyah, dans le district de Sékhoussoria, a affirmé que sa localité a subi de plein fouet les conséquences de la construction du tunnel ferroviaire.

Selon lui, la poussière soulevée par le passage des engins lourds, en l’absence d’arrosage des routes, a provoqué des problèmes respiratoires et a affecté les activités agricoles.

« Nous ne pouvons plus faire sécher nos vêtements à l’air libre et la production de mangues a quasiment cessé depuis plusieurs années à cause de la poussière qui recouvre les feuilles des manguiers », a-t-il déploré.

M. Keita a également dénoncé la pollution des sources d’eau, notamment celle de la rivière Kabèlè, ainsi que l’inefficacité d’un forage offert par le consortium, dont l’eau a été jugée impropre à la consommation.

Le dynamitage lié aux travaux aurait par ailleurs provoqué des fissures sur une trentaine de bâtiments, pour lesquelles, selon lui, la compensation s’est limitée à quelques sacs de ciment, jugés insuffisants.

Créé en 2023, le comité de suivi des impacts de Madina-Oula a eu pour mission de veiller au respect des droits des communautés impactées par le projet Simandou. Il se veut une interface entre les populations, les entreprises, les autorités locales et le mécanisme interne de règlement des griefs, tout en ayant assuré un suivi de proximité des impacts sociaux et environnementaux.

Pour Ousmane Hady Camara, secrétaire administratif du comité de suivi de Kindia, le bilan reste mitigé. Il a expliqué que près de 500 personnes, dont environ 200 femmes, ont été sensibilisées en 2025 sur les enjeux du projet, les impacts du corridor et les voies pacifiques de revendication.

« Malgré ces efforts, notre principal regret est l’absence d’infrastructures sociales durables à Sékhoussoria, comme une école, un poste de santé ou un marché, après le passage des voies ferrées », a-t-il regretté, ajoutant que le comité a recensé de nouveaux cas d’accidents liés à la poussière et à la faible visibilité sur les axes routiers.

Le rapport a précisé que le comité a reconnu avoir reçu environ 500 sacs de ciment de la part de Winning Consortium Simandou pour compenser partiellement les dégâts liés au dynamitage, mais a estimé ces mesures insuffisantes au regard des préjudices subis.

Selon le document, ce deuxième rapport annuel a couvert la période d’octobre 2024 à septembre 2025 et a fait état de dix-neuf séances de sensibilisation menées dans plusieurs localités de la préfecture, ayant permis de toucher cent-quatre personnes, dont deux-cent vingt-trois femmes. Un premier rapport avait déjà été transmis aux différentes parties prenantes.

En dépit des tensions locales, le projet Simandou, présenté comme l’un des plus grands projets miniers et d’infrastructures en Afrique, reste crucial pour l’économie guinéenne.

À Kindia, comme ailleurs le long du corridor, les populations attendent toutefois que cette ambition nationale se traduise par des bénéfices concrets, durables et équitables au niveau local.

 

Rachid Camara depuis à Kindia

Tél : +224 623 13 32 32

Pour ConakryInfos.com