À quelques jours de l’ouverture officielle de la campagne pour la présidentielle du 28 décembre, la scène politique guinéenne se redessine peu à peu, se tend et révèle plus clairement les rapports de force entre les principaux candidats.
Dans cette effervescence pré-électorale, une candidature retient particulièrement l’attention : celle d’Elhadj Bouna Keïta, président du Rassemblement Guinéen pour le Progrès (RGP).
Longtemps perçu comme un acteur discret mais constant, il s’avance désormais comme l’une des figures qui souhaitent peser réellement dans la bataille présidentielle du 28 décembre.
Homme d’affaires aguerri avant d’être homme politique, Bouna Keïta aborde cette nouvelle échéance avec une assurance qu’il revendique comme le fruit d’un engagement qui remonte à plus de trois décennies.
Pour lui, cette troisième tentative n’est pas seulement un retour ; c’est un aboutissement.
« C’est ma troisième fois. Cette fois-ci, c’est ma chance d’être élu président de la République », déclarait-il récemment, visiblement serein.
Il affirme être « prêt à diriger la Guinée », convaincu que son parcours personnel, politique et entrepreneurial lui donne aujourd’hui une maturité nécessaire pour prétendre à la magistrature suprême.
Cette confiance trouve sa source dans une trajectoire politique singulière, marquée par la constance. Contrairement à nombre de candidats qui émergent puis disparaissent au gré des conjonctures, Keïta n’a jamais quitté le terrain.
Dès 1993, sa première tentative de candidature indépendante avait été rejetée pour des raisons juridiques, mais il n’a pas renoncé.
En 2010, il revient sous les couleurs du RGP, un parti qu’il a maintenu en activité malgré l’érosion de la scène politique et la volatilité des alliances.
Cette longévité, rare en Guinée, lui vaut aujourd’hui d’être perçu comme un candidat structuré, disposant d’une base organisationnelle et d’une véritable culture militante.
Face au président sortant, Mamadi Doumbouya, qui s’avance avec la force d’un appareil étatique désormais transformé en machine électorale et avec un soutien populaire visible dans plusieurs régions, Elhadj Bouna Keïta tente de tracer une voie alternative. Son discours insiste moins sur la rupture que sur l’efficacité.
Il propose une approche économique inspirée de sa carrière dans le secteur privé : réforme du climat des affaires, développement massif des infrastructures, relance de l’agriculture et des mines, soutien aux initiatives locales, et surtout création d’emplois durables.
Une vision qu’il veut volontairement pragmatique, loin des promesses générales et des slogans faciles, articulée autour de mesures opérationnelles qu’il présente comme réalisables et chiffrées.
Ce pragmatisme se reflète dans sa manière de faire campagne. Là où certains privilégient les grands discours, Keïta multiplie les déplacements dans les zones rurales, les marchés, les quartiers populaires.
Il discute longuement avec les communautés, écoute les doléances et promet des actions concrètes plutôt que des formules. Ses proches le décrivent comme un homme simple dans sa communication, direct dans son approche, et plus soucieux de convaincre par proximité humaine que par effet d’annonce. C’est peut-être là son atout majeur : il donne l’image d’un candidat accessible, parlant un langage compris par tous.
« Il n’y a aucun candidat qui puisse se comparer à moi. Cette fois-ci, c’est mon tour », affirme-t-il avec une assurance assumée, presque tranquille.
Certains analystes estiment qu’il pourrait créer la surprise. Certes, le président Doumbouya entre dans la compétition avec un avantage très net, mais la présence de Keïta ne peut être minimisée.
Sa constance politique lui donne une crédibilité que peu de candidats challengers possèdent. Son parti, encore modeste, demeure néanmoins actif sur l’ensemble du territoire. Et sa participation régulière aux scrutins précédents lui confère une visibilité nationale et une reconnaissance de nom que d’autres candidats n’ont pas encore acquise.
Dans l’éventualité d’un second tour – hypothèse évoquée par plusieurs observateurs – son nom fait partie de ceux qui reviennent le plus souvent parmi les potentiels finalistes.
La question reste de savoir si cette persévérance, saluée mais jusque-là peu récompensée, parviendra enfin à mobiliser un électorat en quête de stabilité, d’efficacité et d’une gouvernance plus proche des réalités quotidiennes.
À l’approche de l’ouverture officielle de la campagne, Elhadj Bouna Keïta se présente comme un homme qui veut exister dans la compétition, qui revendique sa place et qui entend défendre une ambition nationale cohérente.
Qu’il parvienne ou non à s’imposer face à Mamadi Doumbouya, son entrée en campagne témoigne d’une volonté claire : figurer parmi les acteurs centraux de cette présidentielle où rien, malgré les apparences, n’est totalement joué.
Mohamed Sylla