Mory Kaba de l’AGN mise sur son projet de société pour diriger et développer la Guinée

À moins de trois mois de la présidentielle du 28 décembre, le président du parti Avenir d’une Guinée Nouvelle (AGN), Mory Kaba, a présenté ce dimanche les grandes lignes de son projet de société, lors d’un dîner de presse organisé à son domicile de Kipé.

L’économiste-financier a profité de cette rencontre pour exposer sa conception de la gouvernance nationale, préciser la nature de ses relations avec les autorités actuelles et réaffirmer son engagement en faveur d’un scrutin libre, équitable et inclusif.

Devant un public composé de militants et de journalistes, réunis autour d’une piscine en forme de carte de la Guinée, Mory Kaba a exposé une vision axée sur la souveraineté économique et la planification nationale.

« Un pays qui veut se développer doit savoir protéger ses intérêts. La Guinée doit apprendre à être égoïste — dans le bon sens du terme », a-t-il déclaré, vêtu d’un boubou blanc.

Le président de l’AGN plaide pour une nationalisation partielle des secteurs stratégiques, tout en maintenant un rôle actif pour le secteur privé.

Citant le cas du secteur aurifère, il estime que les raffineries devraient être détenues à 90 % par l’État, afin de permettre au pays de capter une plus grande part de la valeur ajoutée et de financer son développement.

« Cette approche permettra à la Guinée de mobiliser jusqu’à 50 milliards de dollars en cinq ans, sur la base d’un budget pluriannuel ambitieux », a-t-il expliqué, insistant sur une planification « rigoureuse, réaliste et centrée sur les besoins concrets des populations ».

Sur la question énergétique, Mory Kaba défend une stratégie pragmatique et graduelle, adaptée aux réalités nationales.

« L’Afrique ne pollue qu’à hauteur de 3 à 4 %. Notre priorité, c’est de produire et de transformer. On ne peut pas attendre cinq ans pour construire des barrages pendant que les industries dorment », a-t-il fait valoir.

Le candidat propose ainsi un recours temporaire à l’énergie thermique, avant d’évoluer vers l’hydroélectrique et le nucléaire civil.

Selon lui, la Guinée doit « raisonner avec lucidité, sans tomber dans les pièges des modèles imposés de l’extérieur ».

Face aux spéculations autour de prétendus « faux candidats » liés au pouvoir, Mory Kaba affiche sérénité et confiance.

« Nous déposerons notre candidature, car ma vocation est de diriger la Guinée. Nous nous en remettrons à la décision de la DGE », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : « Moi, je pense que ce qui serait plus juste, c’est d’inclure tous les Guinéens, de tout âge, avec la possibilité de participer à ces élections. Je ne suis pas pour l’exclusion, je suis pour la participation inclusive. »

Pour lui, la démocratie guinéenne ne pourra se renforcer que si elle garantit à chaque citoyen et à chaque candidat une égalité d’accès au scrutin.

Clarifications sur ses relations avec le pouvoir

Souvent présenté comme proche du président de la Transition, le général Mamadi Doumbouya, Mory Kaba a tenu à clarifier la nature de leurs rapports.

« Le général Doumbouya est originaire de Kankan, moi aussi. Il est vrai que nous nous connaissons, mais il ne faudrait pas que cela devienne un délit d’origine commune », a-t-il précisé.

Et de poursuivre : « Je ne lui ai jamais demandé de me donner le pouvoir. Il ne me l’a jamais promis, et nous n’avons jamais eu ce genre d’échange. »

Selon lui, cette perception d’une proximité supposée aurait même créé une certaine distance.
« Ces malentendus ont sans doute freiné une collaboration utile. La Guinée aurait pu bénéficier de mes modestes compétences en finances publiques », a-t-il regretté.

Ses rapports avec le ministre Amara Camara

Le leader de l’AGN a également tenu à lever toute ambiguïté concernant sa relation avec le ministre secrétaire général à la Présidence, le général Amara Camara.

« Je n’ai pas connu le général Amara Camara avant leur arrivée au pouvoir. Depuis, nous nous sommes croisés, mais jamais nous n’avons eu une discussion de fond, même pas deux minutes », a-t-il précisé, avant de saluer en lui « un patriote sérieux et travailleur ».

Par ces précisions, Mory Kaba réaffirme son indépendance politique et son refus de toute proximité opportuniste.

Ouvert au dialogue, sans compromission

Interrogé sur un éventuel appel du président Doumbouya pour une rencontre au Palais Mohamed V, le président de l’AGN s’est montré ouvert tout en soulignant son attachement au respect institutionnel.

« Même si un simple ministre m’invite, je réponds présent. Alors, si le président Doumbouya m’appelait pour un échange, j’irai sans hésiter. Je ne ferai jamais à quelqu’un ce que je ne voudrais pas qu’on me fasse si j’étais à sa place », a-t-il affirmé.

Une posture empreinte de respect et de pragmatisme, qui illustre sa volonté de dialoguer sans se compromettre.

À travers ses déclarations, Mory Kaba se positionne comme un acteur politique lucide, patriote et indépendant — capable de dialoguer avec le pouvoir tout en préservant son autonomie.
« Être patriote ne signifie pas être partisan. Je reste fidèle à ma vision pour la Guinée, quelle que soit la configuration politique », a-t-il confié.

À l’approche d’une élection présidentielle décisive, Mory Kaba cherche à incarner une troisième voie, entre opposition systématique et allégeance au pouvoir.

En misant sur un discours de compétence, de souveraineté économique et d’inclusivité politique, le leader de l’AGN entend convaincre que la Guinée peut se développer autrement, par la planification, la lucidité et le dialogue constructif.

Reste à savoir si cette vision trouvera un écho auprès des électeurs dans un paysage politique où les certitudes sont rares, mais où l’espoir d’un renouveau demeure vivace.

Kadiatou N’Diaye — Conakry Infos