Fria : Bambo Simakan et plusieurs jeunes leaders menacés pour ‘’troubles à l’ordre public’’

La contestation menée par les épouses des travailleurs de l’usine Rusal-Friguia contre la précarité sociale a pris une nouvelle dimension à Fria avec l’implication de jeunes leaders et d’acteurs de la société civile. Parmi eux, Bambo Simakan, figure citoyenne locale, se dit aujourd’hui sous pression des autorités.

Lancée par le collège syndical de l’usine Rusal-Friguia, cette manifestation a rapidement rallié les épouses des travailleurs fortement mobilisées, entraînant une forte mobilisation à Fria, à quelque 160 kilomètres de Conakry.

Partie d’une dénonciation de la précarité persistante des travailleurs, la protestation s’est élargie avec l’engagement visible de jeunes leaders et d’acteurs de la société civile.

Les manifestantes pointent du doigt le recours jugé abusif à la sous-traitance par la compagnie Rusal, notamment à travers la société SEINTA Prestation, accusée d’aggraver l’insécurité sociale et économique des familles des employés de l’usine.

Parmi les soutiens les plus actifs figure Bambo Simakan, fondateur de la plateforme citoyenne « Fria est une famille », suivie par plus de 10 000 abonnés sur les réseaux sociaux. Avec d’autres jeunes leaders d’opinion, il a accompagné la mobilisation et relayé les revendications du collège syndical, notamment l’application effective de la nouvelle convention collective des secteurs des mines, carrières et industries chimiques.

La mobilisation, renforcée par l’implication des jeunes, a entraîné l’érection de barricades sur plusieurs axes stratégiques de la ville, provoquant un ralentissement des activités économiques et perturbant l’accès des travailleurs à leurs postes.

La production à l’usine Rusal-Friguia a également été affectée, tandis que des slogans hostiles à la direction de l’entreprise et à la société de sous-traitance SEINTA ont été scandés.

Face à la situation, les autorités locales ont ouvert des enquêtes pour identifier les présumés meneurs. Plusieurs responsables syndicaux et acteurs de la société civile ont été cités, présentés par certaines sources comme l’un des animateurs de la mobilisation.

De sources concordantes, les enquêtes policières viseraient à établir l’existence de liens présumés entre de jeunes leaders et le parti UFDG de l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo.

Selon ces mêmes sources, des fonds auraient été déboursés afin d’inciter ces jeunes à soutenir la manifestation des épouses des travailleurs de l’usine Rusal-Friguia.

Des instructions fermes auraient été données aux forces de l’ordre pour interpeller certains suspects, notamment Bambo Simakan, ainsi que deux responsables syndicaux de Rusal-Friguia : Mamadou Oury Diallo, secrétaire général de la section syndicale, et son adjoint Fodé Makalé Camara.

Joint par Conakry Infos, Bambo Simakan rejette toute accusation de troubles à l’ordre public.

« Je n’ai jamais appelé à la violence. J’ai simplement exprimé ma solidarité avec des travailleurs et leurs épouses qui traversent une situation difficile », affirme-t-il.

Il reconnaît avoir pris part à la mobilisation, tout en soulignant son caractère pacifique.

« À travers la plateforme ‘’Fria est une famille’’, nous avons encouragé une mobilisation non violente et relayé la parole des femmes », précise-t-il.

Selon lui, cette implication lui aurait valu des menaces, notamment une convocation au commissariat central de Fria. Il affirme avoir ensuite été brièvement interpellé avant d’être relâché.

Par ailleurs, Bambo Simakan indique avoir récemment reçu une invitation de l’Association des Friakas des Hauts-de-France, basée à Lille en France, pour participer, en octobre prochain, à un forum et à une soirée caritative en faveur des populations de Fria.

Il affirme vouloir prendre part activement à cette rencontre afin d’alerter sur la précarité des populations, la dégradation avancée des infrastructures sociales et les soupçons de corruption impliquant certaines autorités locales ainsi que la compagnie Rusal, gestionnaire de l’usine de Rusal-Friguia.

Pendant ce temps, les épouses des travailleurs de Rusal-Friguia maintiennent la pression et préviennent que la mobilisation pourrait se durcir si leurs revendications, notamment la remise en cause du recours massif à la sous-traitance via SEINTA, ne sont pas prises en compte.

En toile de fond, cette mobilisation sociale révèle les tensions persistantes entre populations locales, entreprises minières et autorités, dans un contexte où la revendication sociale peine encore à trouver un cadre de dialogue apaisé.

 

Kadiatou N’Diaye