Fria : les épouses des travailleurs de l’usine Rusal-Friguia manifestent contre les conditions de travail

Les activités de l’usine d’alumine Rusal-Friguia, située à quelque 160 kilomètres de Conakry, ont été totalement paralysées ce lundi 28 juillet, suite à une mobilisation inédite des épouses des travailleurs.

Ces dernières, solidaires de leurs maris, ont dénoncé la précarité persistante liée à un recours abusif à la sous-traitance, appelant à l’application stricte de la nouvelle convention collective applicable aux secteurs des mines, carrières et industries chimiques.

 

Déterminées à faire entendre leur voix, ces femmes se sont massivement mobilisées dès l’aube, érigeant des barricades au niveau du carrefour Sankharaya, principal point d’accès à l’usine.

Soutenues par des jeunes acteurs de la société civile de la localité, dont Bambo Simakan,  elles ont bloqué les axes stratégiques de la ville, paralysant une grande partie des activités à Fria.

Par cette action, les épouses des travailleurs entendent exprimer leur solidarité indéfectible envers leurs maris et exiger le respect intégral des engagements pris dans le cadre de la nouvelle convention collective.

« Depuis la relance de l’usine, nos maris sont maintenus dans un régime de sous-traitance avec des salaires dérisoires. Certains ne perçoivent que 400 000 francs guinéens par mois. Ils n’arrivent plus à subvenir aux besoins de la famille », témoigne une manifestante jointe par téléphone.

« Ce matin, nous avons bloqué toutes les routes menant à l’usine et préparé à manger sur place. Nous sommes prêtes à rester ici autant de jours qu’il le faudra », a-t-elle ajouté.

Les manifestantes dénoncent le recours systématique de Rusal à la sous-traitance, en particulier via la société SEINTA Prestation (Société d’Embauche et d’Intérim des Travailleurs Africains), qu’elles accusent d’aggraver la précarité sociale.

Un système dénoncé par les syndicats

Selon Fodé Makalé Camara, secrétaire administratif du collège syndical de Rusal-Friguia, « Rusal a mis en place SEINTA pour gérer localement le personnel, écartant les anciens travailleurs titulaires de contrats à durée indéterminée. Nous réclamons leur intégration au sein de la société mère ou, à défaut, leur réaffectation sous des contrats stables. »

Il rappelle qu’un accord préalable avait suspendu les mouvements syndicaux jusqu’au 31 juillet, le temps pour l’entreprise de catégoriser les types de travailleurs. Cependant, la volonté affichée de maintenir la sous-traitance a ravivé les tensions.

Outre leurs revendications sociales, les manifestantes ont exigé le départ pur et simple de SEINTA, qu’elles jugent responsable de la détérioration des conditions de vie à Fria.

Dans les rues, les slogans étaient sans équivoque.  « À bas SEINTA ! », « SEINTA = misère », « SEINTA = pauvreté ».

De sources concordantes, la direction de Rusal-Friguia affirme que son contrat avec l’État guinéen concerne uniquement la rénovation des installations industrielles, et non la gestion directe du personnel. Toutefois, plusieurs sources proches de la direction confirment que l’entreprise souhaite poursuivre les recrutements via SEINTA.

Face à l’ampleur du mouvement de contestation mené par les épouses des travailleurs et les jeunes leaders d’opinion dirigés par Bambo Simakan de la plateforme ‘’Fria est une famille’’, une délégation gouvernementale incluant l’inspecteur général du travail, des représentants régionaux et des autorités locales est attendue mardi à Fria pour tenter de désamorcer la crise.

En attendant, la ville demeure largement paralysée, les manifestantes campant résolument sur leurs positions.

Par ailleurs, certaines sources locales évoquent un intérêt croissant de groupes chinois et américains pour la reprise de la gestion de l’usine d’alumine – un facteur de pression supplémentaire qui pourrait influencer l’issue de ce conflit social inédit.

 

Boua King KOUYATÉ