Le Barreau dénonce l’enlèvement de Me Mohamed Traoré !

Le Barreau de Guinée a fermement dénoncé lundi l’enlèvement et les sévices infligés à l’ancien bâtonnier Me Mohamed Traoré, une figure respectée de la défense des droits humains dans le pays, dénonçant une « dérive grave » dans la protection des libertés fondamentales.

Réunis en Assemblée générale extraordinaire à la Cour d’appel de Conakry, les avocats ont adopté plusieurs résolutions qualifiant cet enlèvement de « violation grave des droits humains et atteinte à la dignité de la profession d’avocat », a déclaré à la presse Me Faya Gabriel Kamano, président par intérim du Barreau.

Me Traoré, connu pour ses prises de position critiques à l’égard des dérives autoritaires, aurait été enlevé puis soumis à des actes de torture, selon des sources proches du Barreau. Les circonstances exactes de cette disparition n’ont pas été officiellement confirmées.

Dans un geste de protestation, une délégation d’avocats s’est rendue au bureau du procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya, pour exiger des explications. Le procureur a refusé de les recevoir sans demande écrite préalable, invoquant le respect des procédures formelles.

« Ce n’est pas la première fois que nous assistons à ce genre de refus. Sous le CNDD (2008-2010), le même scénario s’est produit, jusqu’à ce que des magistrats eux-mêmes soient arrêtés », a rappelé Me Kamano, faisant référence à la période de transition militaire dirigée par le Conseil national pour la démocratie et le développement.

Les avocats se sont ensuite rendus au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme pour tenter d’obtenir une audience avec le ministre Yaya Kaïraba Kaba. Là encore, leur démarche est restée vaine. Selon Me Kamano, bien que présent dans son bureau, le ministre a refusé de les rencontrer sans demande écrite.

« Le mépris affiché par le ministre à l’égard du Barreau est inacceptable », a dénoncé le président par intérim du Barreau, qui a souligné que « sans le Barreau, la justice ne peut pas fonctionner normalement ».

Cette affaire survient dans un contexte de crispations entre les autorités guinéennes et les acteurs de la société civile. Ces derniers dénoncent depuis plusieurs mois une montée des atteintes aux libertés individuelles et un climat d’intimidation à l’égard des voix critiques.

« Ce qui se passe aujourd’hui en Guinée n’est pas isolé. Regardez le Burkina Faso, où des magistrats et responsables ont été arrêtés », a averti Me Kamano, faisant allusion à l’arrestation récente de l’ancien ministre guinéen de la Justice, Charles Wright, actuellement détenu dans son pays.

Le Barreau a décidé de maintenir ses résolutions de protestation pendant deux semaines, avant de convoquer une nouvelle assemblée pour évaluer la situation.

En attendant, les avocats ont choisi d’observer une posture pacifique. « Nous ne sommes pas des politiciens, nous sommes des défenseurs du droit », a conclu Me Kamano, appelant ses confrères au calme et à la discipline.

Mohamed Sylla