Transports: Un revirement de dernière minute met à nu l’amateurisme notoire des autorités de Conakry

[dropcap]L[/dropcap]’on a suivi ces derniers jours une série de décisions des autorités guinéennes concernant l’interdiction de circuler à Conakry des motos-taxis, ainsi que l’interdiction portant importation des véhicules de plus de 8 ans. Est-ce un air de coup de théâtre ou une simple preuve d’amateurisme notoire des pouvoirs publics ? Cela a tout l’air.

Puisque le ministre des Transports est passé vendredi 26 août 2016 sur les médias d’Etat pour revenir sur cette décision en appelant les conducteurs de ces engins à deux roues à reprendre leur activité, avant d’annoncer la prise très prochaine des dispositions en vue de mieux organiser cette activité qui, selon Oyé Guilavogui, crée de l’emploi au sein de la jeunesse.

Dans la cité, cette actualité fait réagir plus d’un citoyen et acteur majeur de la vie politique guinéenne. De ce revirement de dernière minute, le président du Bloc libéral et par ailleurs membre de l’opposition républicaine a sa perception.

«Ce revirement montre que lorsqu’on prenait la décision, on n’avait pas pris le temps nécessaire de réfléchir. Si on avait pris le temps de réfléchir, d’écouter les différents conseillers qu’on a autour de soi, notamment les conseillers juridiques, les conseillers économiques, les conseillers aux affaires sociales, en tenant compte de tous les paramètres, on ne serait pas en train de revenir sur la décision», révèle Dr Faya Millimouno.

Déplorant la position controversée de la Guinée au rang des rares pays au monde qui n’ont pas un service de transport en commun, la 4e force politique du pays indique que l’activité des taxis-motards a besoin d’une certaine réglementation.

«On a besoin de prendre en compte la sécurité des usagers de ces engins à deux roues. Donc, des normes claires doivent être définies. Et on doit faire en sorte que des agents chargés d’assurer la sécurité sur nos routes y veillent. Mais dire que c’est interdit, c’est mettre au carreau des centaines de milliers de guinéens, surtout la jeunesse qu’on croit aider. Parce que si les jeunes se tournent aujourd’hui vers l’activité de taxi-moto, c’est parce qu’ils n’ont pas d’autres débouchés. Il faut qu’on le comprenne. Et l’Etat lui-même y a contribué, parce qu’on a vu les ministres de la République donner des motos aux jeunes, faisant allusion au fait qu’ils n’avaient d’emplois. Et donc, ces motos pouvaient les aider. Il faut veiller réglementer, veiller à ce que la réglementation soit respectée, mais sortir du schéma d’interdiction. Ça ne nous conduit absolument nulle part, sinon qu’à créer plus de problèmes», fait remarquer le président du BL.

L’autre décision des autorités que Dr Faya Millimouno ne semble pas connaitre, c’est bien celle d’interdire l’importation des véhicules qui ont plus de 8 ans d’âge. A ce niveau, Faya Millimouno rappellent qu’il y a d’autres pays qui l’ont réussi, mais qui ne sont la République de Guinée où la pauvreté est à un niveau tel que c’est une majorité écrasante qui vit avec moins d’un dollar par jour. Autrement dit, moins de 10.000 FG par jour.

«Combien sont les guinéens qui peuvent s’acheter une voiture qui a moins de 8 ans d’âge ? Ils ne sont pas un pour cent de la population guinéenne. Et d’ailleurs, ceux qui roulent aujourd’hui dans des G8 sorties d’usines ne sont que des agents de l’Etat. Et ces voitures-là sont non seulement entretenues par l’Etat, carburées par l’Etat et conduites par l’Etat. Donc, quand on est dans une telle situation, il faut qu’on tienne de la situation dans laquelle le pays vit. Combien de personnes gagnent à manger, à importer à partir de l’Europe même, ces véhicules qu’ont dit être âgés de plus de 8 ans ? Ce sont des milliers de guinéens qu’on va mettre sur le carreau, alors que nous sommes dans une situation où on ne parle pas de récession, mais dans une situation où l’économie guinéenne a oublié la notion de croissance depuis très longtemps. Il faut qu’on fasse très attention», alerte l’opposant.

Pour le président du groupe parlementaire RPG Arc-en-ciel, il y a eu un déficit de concertation entre acteurs prénants. Puisque de l’avis du député Amadou Damaro Camara, même dans les rues des Etats-Unis il y a des véhicules de plus de 30 ans en circulation.

«J’avoue qu’il y aurait dû avoir une plus grande concertation. C’est vrai que sur ce marché, il y a beaucoup de choses à faire. Je crois qu’avant de s’attaquer à l’âge des véhicules, on aurait dû régler un problème en amont qui est la visite technique. Un véhicule peut être vieux, mais s’il remplit les conditions techniques d’être dans la rue, on peut le laisser circuler. Mais même si un véhicule est neuf, après 1 an, 2 ans sans visite technique, il est plus dangereux qu’un véhicule de 20 ans mais qui est passé par le contrôle technique», enseigne l’honorable Camara qui confie que l’Etat guinéen a été pris en otage depuis plus de 20 ans par un semblant de monopole qui ne dit pas son nom, mais que personne n’arrive à régler.

«Je ne comprends pas. Dans les autres pays, le contrôle technique c’est dans chaque station-service. On doit pouvoir s’arrêter dans n’importe quelle station pour vérifier ses freins, pour vérifier si l’émission est bonne, si ce n’est pas polluant», formule le parlementaire.

Au regard de l’asphyxie que pourraient éventuellement causer ces nouvelles mesures à son secteur, le président de l’Association des importateurs de véhicules d’occasion et des pièces détachées, déclare que le dédouanement des véhicules de moins de 5 ans varie entre 60 et 100 millions FG. «Et en temps réel, si nous prenons ces véhicules de moins de 5 ans, le prix unitaire varie entre 5000 et plus de 6000 euros, moins les taxes», énumère M. Condé.

Mady Bangoura

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